Les 11... brutes de l'Histoire

06/09/2012 à 16:22

Qui ne s’est jamais laissé aller à classer des joueurs, des équipes ou des matches avec des critères plus ou moins subjectifs ? C’est ce que fait régulièrement la rédaction de Foot123.fr dans la rubrique « les 11… ». Place aux "Bad Boys" de l'Histoire du football, qui sont à l'honneur aujourd'hui.

Les 11... brutes de l'Histoire

1. Vinnie Jones (ANG)

“La tronçonneuse de Wimbledon“. “Le carnassier“. “Psycho Butcher“. Les surnoms – il y en a d’autres – de Vinnie Jones suffisent à classer cette armoire à glace qui a sévi sur les pelouses anglaises dans les années 90, à coup de sauvageries. Milieu frustre et maladroit, écopé un jour d’un carton jaune après trois secondes de jeu, le natif de Watford connut sept clubs dont Wimbledon, où il devint le chef du « Crazy Gang » - une équipe sanguinaire de bras cassés, au principe éloquent : “route one football“. Leurs adversaires norvégiens de Savane s’en souviennent encore, quand au début du match, Jones lâcha : « On va les étriper ! » Adepte du crâne rasé et des fringues trash, Vinnie faisait même l’apologie de la violence par le biais d’un documentaire vidéo qui fit scandale. Sa saillie la plus fameuse est racontée texto par Paul Gascoigne : « Il s'est approché de moi pour me dire : Je m'appelle Vinnie Jones, je suis un gitan, je gagne beaucoup de fric et je vais t'arracher l'oreille avec les dents puis tout recracher dans l'herbe. Tu es seul mon gros, tout seul avec moi. »

2. Joey Barton (ANG) (photo)

« Il est de ceux qui n'ont d'autre choix que de voir les choses en face. » Ce qu’évoque son ami Steven Gerrard, c’est cette foutue enfance à Huyten, quartier désaffecté de Liverpool où Barton grandit dans la misère. Dur à cuir vraiment méchant, Joey sortira de l’enfer grâce à un don du ciel : ses deux pieds, qui auraient pu faire de lui le meilleur milieu du royaume – ce qu’il prétend être à chaque interview. Mais le plus grand espoir de City a dû vite décamper, la sagesse ne l’ayant jamais récupéré. Dès lors, sa liste de démences ressemble à celle de Mike Tyson, et s’écoule sur les premières pages des tabloïds. On a gardé les plus folles: réveillon derrière les barreaux, cigare brûlé sur un jeune du centre de formation, rixes avec un chauffeur de taxi, envoi d’Ousmane Dabo à l’hosto, tacle dans les parties intimes d’Etuhu, cassage de jambe sur un piéton, et on passe sur les expulsions. Son unique sélection avec l’équipe d’Angleterre fait sa fierté. Elle restera surtout sa seule limite.

3. Roy Keane (IRL)

Le pic de la pyramide. « Tout le monde se reconnaissait en lui » confesse Manu Petit. Le regard de Carlito Brigante, le cœur de l’Irlande et le plus gros charisme des 20 dernières années, Keane a commandé la Premier League comme personne, pendant, avant et après lui. Septuple champion d’Angleterre, infatigable milieu - « le meilleur de sa génération » pour Ferguson – il fut le visage des Red Devils durant une décennie de triomphes. Ses controverses et sa brutalité ont fait le reste : bagarres dans les pubs, alcool abusif et provocations qui faisait régner la terreur, il lança un jour : « Je me suis embrouillé avec tellement de monde qu'avant un match je ne sais plus à quel joueur serrer la main. » Pas à Alf-Inge Håland, qui eut le dommage de s’être un jour moqué de lui. Riposte en vendetta de l’Irlandais : tacle vissé au genou droit et crachat sur le Norvégien gémissant à terre, qui ne revint jamais sur un terrain. L'emprise de Keane n’avait aucun égal. “A United legend“.

4. Dennis Wise (ANG)

Immortalisé dans la chanson "Broadcast" par Finley Quaye, Dennis Wise a bâti sa réputation à Wimbledon, une équipe de hooligans en short qui saluait l’adversaire par une rangée de fesses. Son regard hystérique faisait furieusement penser aux prunelles de Malcolm McDowell dans Orange Mécanique, et ses démêlés avec la justice ne faisaient que traverser un quotidien de ravages. Devenu légende du Chelsea sans pétrodollars, où il restera onze années, Wise stimulait Stamford Bridge par son abattage sans limite. Son but fantastique à San Siro contre le Milan, en Ligue des champions 1999, incitera les fans des Blues à entonner ce couplet célèbre : « Oh Dennis Wise, Scored a fucking great goal, In the San Siro, With ten minutes to go... » Alex Ferguson raconta un jour le lascar : « Wise serait capable de déclencher une bagarre dans une maison vide. »

5. Ronald Koeman (HOL)

Le contrat. Quart de finale retour de Coupe d’Europe des clubs champions : Ronald Koeman prend Tigana pour cible, et comme Gilhauss à l’aller, rend boiteux le maître à jouer des Girondins. Suspendu pour avoir reconnu l’acte de violence prémédité, le défenseur du PSV n’en restera pas moins l’un des plus grands joueurs des Oranje. Blond platine, défenseur intraitable qui savait dépanner au milieu avec le même rendement, “Robocop“ fut prisé pour sa frappe de balle surpuissante, dont il vantait les dégâts : « le premier coup franc du match, je le tire en force dans le mur pour qu’après, les adversaires restent à distance. » Celui contre la Sampdoria, notamment, offrira la première C1 au Barça. Homme-tronc, symbole de la seule équipe des Pays-Bas victorieuse à l’Euro 88, Koeman conservera une place de choix dans les annales comme le défenseur qui a le plus "scoré". Un record ineffaçable : 207 buts en 581 matches officiels (!!!). Mammouth.

6. Harald Schumacher (ALL)

8 juillet 1982. Dans une nuit de sanglots, la France s’était statufiée. S’il est des gestes qui firent la légende des Coupe du monde, celui d’Harald Schumacher se trouve dans la première dizaine des VHS. 57e minute d’une demi-finale électrique : le portier de la RFA immortalise ses crampons dans le genou gauche de Battiston, aussi percuté de pleine face par le coup d’épaule volontaire du Colognais. Le Français titube dans la panique du Sánchez Pizjuán. Perd connaissance. Se fuit sur un brancard. Et Schumacher regarde en l’air, fait les cent pas sur son côté, mâchant un chewing-gum dans un cynisme inouï. Verdict : trente dents cassés, deux vertèbres déplacés et un traumatisme crânien. La scène est restée dans les mémoires, et le reste de la belle carrière de l’Allemand ne semble qu’une anecdote. Effacée par le temps. Citons alors sa palabre, juste après l’agression : « Si Battiston a perdu trois dents, je veux bien lui payer les couronnes. »

7. Nobby Stiles (ANG)

Une tête, d’abord : le crane dégarni sur la partie haute du front, des yeux de biche et un sourire édenté, qui offre le même sentiment de panique que Requin dans Moonraker. A Carrington, on raconte que Sir Matt Busby l’envoyait sur le terrain pour propager la peur. Porteur d’eau, petit et maigrelet, Nobby Stiles souffrait en plus de problèmes de vue, ce qui lui servit comme excuse pour découper les chevilles de ses adversaires. Mais son sens tactique lui valut la bénédiction de Bobby Charlton, avec qui il remporta la Coupe d’Europe des clubs champions (1968), deux ans après la Coupe du monde – la seule de l’Angleterre à ce jour. Massacrant Herbin et Simon en poule, « The Toothless Tiger » atteindra le point d’orgue de sa carrière en demi-finale, collant aux basques d’Eusebio, anéanti de fatigue. Les chaumières anglaises retiendront du bouledogue cette danse infernale après le sacre de l’équipe de sa Majesté. Il livra un jour les secrets de sa méthode : « ne jamais pénétrer sur le terrain avant d'avoir enduit son torse d'huile d'olive, et graissé ses mains et son visage. »

8. Andoni Goikoetxea (ESP)

39 sélections avec la Roja. Finaliste de l’Euro 84. Un club de cœur : l’Athletic. Deux titres de champion. Le palmarès d’Andoni Goikoetxea flatterait bien des égos, mais au fond, que reste-t-il de ses performances sportives, hormis l’ignorance ? Prisonnier d’un geste, d’une image et d’un surnom, “le boucher de Bilbao“ scellera sa réputation méprisable un soir d’automne 83. Coupable d’un crime de lèse-majesté, le Basque brisera en deux la cheville de Maradona, modifiant la trajectoire de l’idole qui commença alors à fréquenter avec la cocaïne. Puni 16 rencontres pour le tacle assassin, Goikoetxea ne regretta jamais, affirmant même conserver le soulier de sa boucherie dans une vitrine de verre. Le bourreau reverra sa victime, sept mois après, dans une finale de Copa qui verra le “Pibe de Oro“ assoiffé de vengeance, disjoncter devant le Roi d’Espagne. Le dernier match de Diego avant l’exil napolitain.

9. Marco Materazzi (ITA)

« Je suis entré dans le vestiaire et je leur ai dit : "Pardonnez-moi. Cela ne change rien mais je vous demande pardon." Mais à lui, je ne peux pas. Jamais, jamais...Je préfère mourir. » Zinédine Zidane en gardera une cicatrice indélébile, Marco Materazzi devenant pour sa part l’homme qui aura fait craquer le génie, en provoquant le coup de tête le plus célèbre de l’histoire. Que de chemin traversé pour cet aboyeur sans éclat, qui a écumé les clubs de seconde zone jusqu’à s’épanouir à Pérouse, où il deviendra le capitaine des Griffoni, privant la Juve de Zidane du Scudetto, lors du fameux “déluge de Perugia“, à l’ultime journée. Ses onze buts, record du Calcio pour un défenseur, l’année suivante, motiveront les dirigeants de l’Inter de le sortir de l’anonymat. L’idylle durera une décennie, garnie de titres, et fera de “Matrix“ le joueur le plus hué de l’Italie, pour ses coups de sang spectaculaires et dangereux. Pour les Nerazzurri, son étreinte avec Mourinho, tous deux en sanglots après le sacre de l’Inter en C1, campera éternellement dans les mémoires.

10. Mark Van Bommel (HOL)

« Je ne suis pas là pour me faire des amis ». Ça, on l’avait compris. Parangon de l’anti fair-play, Van Bommel a traversé sa carrière en salaud détesté qui a toujours tout fait pour l’être. Sans doute même le désirait-il ardemment, ce statut de joueur haï, méprisé, répugné par l’ensemble de ses confrères. Plaque tournante et amulette de ses équipes – champion dans quatre ligues différentes - le cerveau des Bataves s’est surtout acharné avec délectation à saboter son environnement : adversaires, public, arbitres, rien ne fut jamais de trop pour le « bourreau du football » - sobriquet qu’on doit à la presse espagnole. Croche-pieds, roulés boulés, coups de coude, semelles en douce, crachats, insultes, accolades arbitrales, sourires espiègles et tirages de maillot : l’arsenal de l’Oranje mécanique ressemble à celui de l’Inspecteur Gadget. « Mark la garce » - ça date de l’époque PSV – est le genre de type qui se couvre de boue pour en mettre deux fois plus sur les autres. Le maître du sale travail.

11. Claudio Gentile (ITA)

Un physique de truand à la Ennio Morricone, un nom trompeur et un mental sans faille. Père du marquage à la culotte et des coups sous la ceinture, Gentile a conservé une réputation de pionnier : le duel psychologique. Garde du corps à corps, spécialiste de la provocation, “Kadhafi“ – son surnom de par ses origines libyennes – a fait disjoncté les plus grands avec des épingles à nourrice cachées sous son short : Zico, Littbarski et surtout Maradona, qu’il bâillonna en plein Mundial 82. Sa réputation de méchant italien de la décennie a fait sa gloire, mais son jeu rugueux n’a jamais dépassé les frontières du mal. Légende de la Juventus, où il remporta six scudetti, l’habile Gentile ne fut expulsé qu’une fois au cours de sa carrière. Qui pouvait se prolonger hors du terrain : en pleine cérémonie du Ballon d’Or que Keegan allait récupérer, l’Italien crocheta l’Anglais, lui murmurant à l’oreille : « Tu n’aurais jamais reçu ce trophée si c’était moi qui t’avait marqué ».

Alexandre COUPPEY